| L'oeil du voisin |
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Dans ma porte-psyché où personne ne se mire, s’inscrit l’univers des rues via mon ami Judas, trou vitreux inestimable, magique boîte à images qui capte l'immanent. Bien que ma loupe ait un cœur d'Iscariote, la vie s'y présente sans traîtrise, photographie instantanée. Recluse dans mon appartement de bas-étage, soumise aux déambulations aléatoires des couloirs, oreille tendue, œil béant, je guette, j’épie, j’attends.
Aucun de vous jamais n’a vu mes cheveux argentiques, ni ma robe à fleurs d’antan, ni mes pieds statufiés par ma position immobile de guetteuse de mouvements, ni mes ongles où se peignent une noire pellicule, témoin du dépôt des ans, ni mon globe oculaire à la focale rendue presbyte avec le temps. Qui suis-je ? -
Les roses que je reçois sont celles des voisines, asiatiques traquées dans l’entre-deux des fenêtres où la beauté se fatigue derrière les carreaux voilés.
Cerbère photographique, commère des clichés, aucun secret ne m’est caché. Je comptabilise dans mon cristallin télescopique vos contacts, vos effleurements, vos regards indiscrets accrochés aux talons des filles que moi-même j’ausculte de mon cloaque de voyante, cloaque où, passants passagers du vent, voyagent vos défilements. Natasha Kaïl |
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