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Depuis plusieurs années, je photographie des concerts des musiques du monde et particulièrement d’Afrique du nord et de l'ouest.
De scène en scène, au gré des rencontres, j’ai pu arpenter les coulisses, assister aux répétitions, échanger avec les artistes.
De là est née ma volonté de remonter à la source, et essayer de comprendre ce qu’il y a en chacun de ces hommes : leurs traditions, leurs cultures, leurs langages, leurs histoires.
Au-delà du spectacle, c’est une symbolique ancestrale que ces musiciens reproduisent, ou dont ils s’inspirent, qui peut alors échapper aux spectateurs non avertis.
Pour amener chacun à s’interroger sur le sens et les valeurs véhiculés par cette musique, il me fallait donner à voir l’envers du décor.
Durant cinq mois, je suis partie réaliser une série de portraits de musiciens traditionnels, chez eux, dans leur environnement quotidien, m’interroger sur la fonction sociale de ces musiciens.
Sénégal, Mali, Burkina Faso, Mauritanie, Maroc... Désir de rendre compte de la diversité des ethnies. Volonté d'illustrer le nomadisme qui a engendré le métissage musical dans cette partie de l’Afrique.
Ainsi j’ai choisi de terminer mon voyage au Maroc avec les maîtres de musique Gnawa (communautés composées de descendants d’esclaves noirs).
Pour réaliser ce travail photographique, il me fallait remonter à la source, me plonger dans les entrailles de l’Afrique.
Il s’agissait avant tout de comprendre pour donner à voir. Donner à voir des hommes et des femmes d'une existence riche de tradition, fixer ces gens qui sont le symbole de la culture de l’oralité, rapporter un patrimoine fragile car non inscriptible.
La musique comme empreinte, comme définition d’une identité, d’une appartenance, mais aussi comme langage. Les rythmes ont chacun une signification, ils s’articulent en phrase et viennent ponctuer symboliquement un évènement.
La transmission se fait de génération en génération, de père en fils, de maître à disciple, bref, de bouche à oreille, au sein même de la famille ou de la collectivité.
Cette transmission était, par le passé, incarnée exclusivement par les griots. Personnage emblématique, à la fois musicien, chanteur et conteur, le griot avait un statut social prépondérant dans la communauté. A la charge des rois ou au service des ‘‘nobles’’, il transmettait tout autant l’Histoire, celle des peuples, que les histoires, celles des familles, il maîtrisait la parole et la pratique instrumentale lui était réservée.
Désormais la fonction du griot s’est désacralisée. On les perçoit, parfois, à tort comme de simples mendiants. La pratique d’un instrument traditionnel s’est ouverte à ceux qui n’appartiennent pas à cette caste, le griot monte sur scène... Alors les chanteurs et les musiciens sont souvent considérés, de manière erronée, comme des griots.
Il y a en effet des usurpateurs qui en boubou finement brodé arpentent les rues en quête de baptêmes ou de mariages, mais également des musiciens qui ne revendiquent aucun autre statut que celui d’artiste, et bien sur il y a les griots.
Sur ces routes, je ne me suis donc pas limitée à rencontrer uniquement ces ‘‘vrais’’ griots mais aussi les autres musiciens, jeunes ou moins jeunes, connus ou inconnus, qui ont le même savoir des rythmes et continuent à perpétuer ce précieux héritage, qui est de plus en plus difficile à conserver.
Auprès de chacun d’eux, j’ai également récolté une anecdote se rapportant à leur histoire personnelle, afin qu’elles viennent, aussi, nourrir l'écriture d'un spectacle vivant.
Par cette mise en oeuvre l’objectif était de représenter ces artistes dans leur intégrité et leur intégralité, leur parcours de vie étant indissociable de leur parcours musical. Mais aussi de rendre hommage à la particularité et à la richesse de leur culture.
Cette exposition, composée de 17 portraits, propose ainsi une part de spectacle vivant,
Un carnet de voyage à trois voix :

un griot et un musicien m’accompagnent dans cette quête du souvenir.
Sur les traces de mon voyage, au hasard des pages de mon carnet, se dévoilent des fragments de rencontres humaines, des moments d’émotion. Certains portraits, présents sur la scène dans un décor système D, témoignent d’instants de vie que la kora vient célébrer, que le conte vient prolonger.
Image, parole et musique nous immergent dans la culture ouest africaine.
Audrey Guerrini : photographies & récit / Boubacar Ndiaye : contes & paroles / Fady Zakar : musiques /
Kaf Malère : mise en scène / Mourad Maalaoui : décor/ Julien Delsols : création lumière
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