audrey guerrini
Allons enfants, Sans Droits Fondamentaux !
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2 janvier 2007,Toulouse.
Les Enfants de Don Quichotte plantent les tentes sur les Allées François Verdier.
3 janvier 2007.
Je rentre dans leur univers, je ne connais pas la rue, je ne les connais pas ces personnages… que je croisais jusqu’alors au coin d’une rue
ou d’un feu tricolore, le temps d’une clope et d’un sourire.
Ce jour là, je m’y arrête. Je ne sais pas encore que je vais revenir sur ces allées pendant cinq mois et rentrer, au fil des jours, dans l’intimité de ces hommes et de ces femmes.
Ils viennent, certains de loin, mais qu’importe, ils sont à la fois partout et nulle part chez eux. Parcours d’abimés, tous marqués par la dureté de la vie, leurs histoires, chacune singulière, leurs laissent des blessures qu’à moitié refermées.
Et pourtant, ils sont là, avec leur honte de faire la manche et un reste de dignité d’être encore des Hommes, avec leur amour de l’autre plus que d’eux même et leur haine aussi, de tout, de rien.
Au ventre la peur et une lueur d’espoir d’arriver, peut être enfin, à trouver une issue à cette impasse qui les rassemble : la rue !

Ils rejoignent ce mouvement social, avec le courage de “s’exposer”, afin de dénoncer et rendre visible l’inacceptable situation d’exclusion dans laquelle se trouvent rejetés des milliers de personnes, afin de mettre au grand jour ‘‘ces pauvres que certains ne veulent plus voir’’.
En centre ville, les Allées François Verdier, d’ordinaire réservées à la promenade des Toulousains, se transforment en un lieu de vie réunissant tout ce que notre société peut contenir d’humanité, mais en un concentré d’émotions, distillées, sans retenue aucune, prêt à exploser.
Et pourtant ils vivent là, sur ce campement.

Une cinquantaine de personnes, avec les bénévoles à l’initiative du mouvement de Toulouse apprennent à gérer leur nouveau quotidien (cuisine, vaisselle, ménage, tours de garde la nuit…) soumis aux difficultés humaines, sanitaires et climatiques.
Ils mettent en place des réunions pour faire le point sur les avancées et organisent régulièrement des événements (manifestations, concerts, pique-niques, vente d’objets…) pour provoquer des rencontres et se faire entendre.
Ils s’approprient le lieu, investissent la rue sous une autre forme et personnalisent, chacun à leur manière, leurs tentes.

A travers ce mouvement, des SDF se sont exprimés, aux yeux de tous. Certains se sont pour un moment redonnés une raison de vivre, d’autres ont poursuivi leurs routes. Tous ont pu se sentir utiles et retrouver une part de dignité.
Ils ont rencontré des ‘‘bien logés’’. Les ‘‘bien logés’’ ont regardé ces naufragés de notre société.
Les Enfants de Don Quichotte ont-ils favorisé une prise de conscience ? Pour combien de temps ? Marqueront-ils nos mémoires ?

Pour mettre en évidence cette forte charge d’humanité qui circulait sur le campement, j’ai fait le choix d’associer en dyptique
des portraits de citoyens qui ont vécu temporairement à cette adresse et des extraits d’un quotidien qu’ils ont partagé ensemble,
avec leur douceur et leur violence, avec leur force et leur fragilité, avec, un jour peut être, un toit et un devenir…

 
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